La Lettre

Février 2026


L'édito de Fabrice de Cholet

Fabrice de Cholet
Directeur Général

Géopolitique versus Géoéconomie

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un conflit entre l’Europe et les États-Unis qui s’est nettement intensifié. Pour en comprendre les enjeux, il est essentiel de replacer la situation dans le cadre de la nouvelle doctrine américaine de sécurité nationale, dévoilée en novembre dernier. Celle-ci vise explicitement à reprendre le contrôle stratégique de l’hémisphère Ouest.

C’est dans ce contexte que les États-Unis ont évincé les intérêts chinois du Panama et renforcent désormais leur pression sur le Groenland. L’enjeu pour Washington est double. Il est d’abord militaire, avec le déploiement du programme Golden Dome, destiné à la protection du territoire américain et à la projection de sa puissance. Il est ensuite économique et stratégique, à travers la sécurisation des ressources naturelles du Groenland, pleinement intégrée à cette doctrine.

Face au refus européen de céder, la réponse américaine a pris la forme de sanctions visant les pays européens présents militairement au Groenland. Cette décision rouvre clairement la perspective d’une nouvelle guerre commerciale, avec une hausse de 10 % des droits de douane dès le 1er février, pouvant atteindre 25 % à partir de juin en l’absence d’accord. Il faut toutefois reconnaître que l’évolution de la situation dépend aussi de l’imprévisibilité de Donald Trump.

Côté européen, plusieurs leviers existent. L’Union dispose d’un paquet de représailles portant sur 93 milliards d’euros d’importations américaines, jusqu’ici non activé. Elle peut également recourir à l’outil anti-coercition évoqué par Emmanuel Macron, qui permettrait de cibler les services, les investissements ou l’accès au marché européen. Nous sommes donc clairement dans une logique d’affrontement, même si notre scénario central reste celui d’un compromis final : ni invasion militaire du Groenland, ni escalade commerciale incontrôlée. Un accès accru des États-Unis au Groenland pourrait finalement être accordé, mais dans l’intervalle, le risque de guerre commerciale demeure réel et déjà perceptible sur les marchés.

Sur le plan économique et monétaire, rappelons que l’Union européenne est le premier fournisseur de biens des États-Unis, avec 643 milliards de dollars d’exportations. Le taux effectif moyen des droits de douane américains atteint désormais 16,8 %, contre environ 2 % avant la guerre commerciale. Une nouvelle hausse porterait ce taux au-delà de 20 %, alimentant l’inflation américaine et pesant sur la politique monétaire de la Fed, déjà en pause. Cela conforte notre scénario d’absence de baisse de taux à court terme.

En conclusion, quand Donald Trump négocie au mégaphone et Emmanuel Macron au verbe, les marchés, eux, parlent en points de base et en spreads : Mercatus loquitur, verba silent.

Fabrice de Cholet
Directeur Général de Cholet Dupont Oudart


Cette page a été publiée le 17/02/2026