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Victoire à la Pyrrhus dans le Golfe Persique ? Encore un peu de patience.

Avril 2026

Les évolutions et les conséquences du conflit avec l’Iran ont été et restent la principale préoccupation des marchés financiers. Le mois écoulé a mis en évidence un environnement macroéconomique plus incertain, dominé par ce choc macroéconomique et énergétique. Aux États-Unis, l’économie conserve à ce stade une capacité de résistance supérieure, portée par son autosuffisance en matière d’hydrocarbures. En zone euro, la situation apparaît plus fragile, la région étant en partie dépendante des importations de ces produits en provenance du Moyen-Orient. Du côté des Banques centrales, le mois a été surtout marqué par des changements d’anticipations de la part des marchés qui voient désormais un durcissement de la politique monétaire en Europe et ont repoussé le calendrier des prochaines baisses de taux aux Etats-Unis. Après plusieurs semaines d’aggravation du conflit et de résistance iranienne, un accord est intervenu mercredi 8 avril à l’issue d’un dernier ultimatum émis par Donald Trump. L’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours constitue une très bonne nouvelle à court terme et justifie en partie le soulagement observé sur les marchés. Pour autant, elle ne signifie pas que la sortie du conflit soit acquise. En effet, les exigences formulées par l’Iran paraissent difficilement acceptables tant elles touchent à des enjeux stratégiques majeurs pour les Etats-Unis et Israël. Parmi les points les plus sensibles figurent notamment la demande de compensations financières pour les dommages subis, ainsi que le maintien de la possibilité pour l’Iran de poursuivre l’enrichissement de l’uranium. Sur ces sujets, un compromis rapide paraît incertain. Autrement dit, ce cessez-le-feu doit être interprété comme une première étape de désescalade qui doit être poursuivie et améliorée avant d’espérer un règlement définitif du conflit. Dans ce contexte, il convient de rester prudent car la fragilité du cessez-le-feu et les difficultés d’aboutir à un accord définitif vont maintenir de la volatilité sur les marchés. L’exemple des négociations dans le conflit ukrainien constitue un bon rappel à ce titre. Après le fort rebond récent, les marchés ont besoin de digérer et d’analyser les nouvelles et en particulier les conditions de circulation dans le détroit d’Ormuz. L’évolution des prix du pétrole restera le baromètre des marchés financiers pendant quelques temps. Nous ne sommes plus acheteurs d’actions aux cours actuels sauf si un règlement du conflit définitif et probant intervenait. En revanche, nous pourrions mettre à profit de nouveaux replis des indices, comme ce fut le cas au cours du mois de mars, pour renforcer le poids des actions des portefeuilles encore sous-investis ou réaliser des arbitrages vers des valeurs délaissées. Par précaution, nous conservons une opinion Neutre à court terme sur les actions en général et conservons une note Surpondérer à moyen terme, sur les actions américaines, européennes, asiatiques et sud-américaines. Après les mouvements récents des indices, un potentiel de hausse de 5 à 7 % subsiste d’ici à la fin de l’année. Sur les produits de taux, les tendances se sont dégradées et nous gardons une opinion Neutre à court et moyen terme.

Au mois de mars, les performances des Bourses mondiales exprimées en euro ont été globalement négatives d’environ 4 %. Les actions américaines ont mieux résisté (-5 % en $, -2.7 % en euros), suivies des actions européennes (-8 %). Les marchés émergents et japonais ont affiché le recul le plus important (plus de 10%). Dans le même temps, les marchés obligataires internationaux ont été mal orientés à cause des anticipations de sursaut de l’inflation induit par les effets de la guerre au Moyen-Orient.

Les évolutions et les conséquences du conflit avec l’Iran ont été et restent la principale préoccupation des marchés. Depuis les premières frappes américaines et israéliennes sur des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes, la riposte de Téhéran a progressivement déplacé le centre de gravité de la crise vers le domaine économique. Les menaces sur les installations pétrolières et gazières ainsi que la quasi-fermeture de la navigation dans le détroit d’Ormuz, ont profondément déstabilisé les chaînes d’approvisionnement. Même si l’Iran a indiqué le 25 mars que les navires jugés non hostiles pouvaient à nouveau transiter sous conditions, cette tolérance n’a pas permis un retour à la normale et n’a pas réduit l’incertitude. Le détroit d’Ormuz assurant environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole, la moindre perturbation y provoque immédiatement une prime de risque sur les prix des hydrocarbures. Le Brent a ainsi dépassé les 110 dollars le baril, avec des pointes autour de 120 dollars au cours du mois. D’autres sources de productions importantes (produits chimiques, engrais, aluminium) sont également localisées dans le Golfe Persique et subissent les mêmes blocages et les mêmes conséquences sur les prix. Ainsi, ces évènements ont remis en lumière le lien central entre géopolitique, prix de matières premières et inflation. La prolongation du conflit a augmenté mécaniquement la probabilité de voir ce choc se diffuser plus largement à l’ensemble de l’économie mondiale via la hausse des coûts de transport, des prix de l’énergie et celle des anticipations d’inflation. Le risque de stagflation voire de récession est ainsi apparu d’autant plus important et dépendra in fine de la durée du conflit et du blocage du détroit d’Ormuz.

Le mois écoulé a confirmé un environnement macroéconomique plus incertain impacté par ce choc géopolitique. Aux États-Unis, l’économie conserve à ce stade une meilleure capacité de résistance, portée par un marché du travail encore solide et par une moindre dépendance extérieure sur le plan énergétique. La Réserve fédérale continue d’anticiper pour 2026 une croissance autour de 2.4 %, avec un taux de chômage proche de 4.4 %, ce qui traduit un ralentissement modéré plutôt qu’une rupture brutale du cycle. En zone euro, la situation apparaît plus fragile. Les enquêtes d’activité se sont nettement tassées en mars, avec un PMI composite retombé autour de 50.5 après 51.9 en février, signalant une croissance proche de la stagnation, tandis que la hausse des coûts des produits pétroliers ravive les craintes d’un scénario de stagflation. L’Europe reste en effet plus exposée au renchérissement du pétrole, du gaz et du fret, ce qui pèse à la fois sur la confiance, sur les marges des entreprises et sur le pouvoir d’achat. À ce stade, le choc reste encore absorbable s’il demeure temporaire, mais sa prolongation au-delà de quelques semaines ferait monter sensiblement le risque d’un ralentissement plus marqué, voire d’une dynamique récessive dans les pays les plus dépendants des importations d’énergie.

Du côté des banques centrales, le mois a été surtout marqué par des changements d’anticipations de la part des marchés, qui voient désormais un durcissement de la politique monétaire. La Fed a maintenu ses taux inchangés dans une fourchette de 3.50 % à 3.75 %, tout en relevant ses projections d’inflation, désormais attendue autour de 2.7 % en 2026, signe que le choc pétrolier complique le retour vers la cible. Jerome Powell a adopté un ton prudent, insistant sur la nécessité d’attendre avant de tirer des conclusions définitives sur les effets du conflit. En zone euro, la BCE se retrouve dans une position encore plus délicate. Ses projections de mars tablent désormais sur une inflation moyenne de 2.6 % en 2026, révisée à la hausse, alors même que la dynamique d’activité se dégrade. Cette combinaison de croissance molle et de tensions inflationnistes liées à l’énergie réduit la marge de manœuvre monétaire. Les marchés ont ainsi repoussé le calendrier des prochaines baisses de taux et commencent à réintroduire, surtout en Europe, la possibilité d’une politique monétaire moins accommodante que prévu. La remontée des rendements obligataires observée ces dernières semaines reflète précisément cette réévaluation d’un risque inflationniste plus élevé.

Les marchés actions ont évolué dans un régime de forte dispersion sectorielle et géographique. Dans un premier temps, les actions américaines ont mieux résisté que les marchés européens et émergents, soutenues par le statut d’exportateur net d’énergie des États-Unis et par une composition sectorielle plus favorable, largement dominée par la technologie et les grandes valeurs de croissance. Cette résilience relative s’est toutefois érodée en fin de mois, à mesure que la hausse du pétrole, la remontée des taux et les incertitudes géopolitiques ont commencé à peser plus nettement sur les segments les plus chers du marché. Dans ce contexte, les valeurs énergétiques ont logiquement surperformé, portées par l’envolée du brut, tandis que les secteurs les plus sensibles à la hausse des coûts de l’énergie et au ralentissement de la demande, comme la consommation discrétionnaire, les transports ou certaines industrielles, ont davantage souffert. Les valeurs technologiques, et plus particulièrement les grandes capitalisations liées à l’intelligence artificielle, restent au cœur de la dynamique des indices américains, mais elles apparaissent désormais plus exposées aux tensions sur les taux et au risque macroéconomique. La hausse du pétrole ajoute d’ailleurs une pression supplémentaire, en renchérissant indirectement les coûts d’exploitation des infrastructures de calcul intensif. Ainsi, Nvidia a corrigé par rapport à ses sommets alors même que les perspectives structurelles de l’IA demeurent solides. Le marché continue de croire à l’ampleur du cycle d’investissement dans les semi-conducteurs, les centres de données, les puces mémoire et les infrastructures numériques, mais il se montre plus attentif au rythme des dépenses des hyperscalers (opérateurs de l’IA) et plus exigeant sur les points d’entrée de leurs actions. En somme, le thème de l’IA n’est pas remis en cause sur le fond, mais il est entré dans une phase où la sélectivité redevient essentielle, dans un marché où l’évolution du choc pétrolier conditionnera à la fois les perspectives bénéficiaires et les niveaux de valorisation.

La question des valorisations reste donc centrale. Aux États-Unis, les multiples restent élevés, mais une détente non négligeable s’est observée au cours du mois de mars, d’une part grâce à la baisse des cours mais également par la poursuite de la bonne orientation des bénéfices dont les estimations sont toujours relevées. Cette détente permet aux indices de retrouver du potentiel d’appréciation qui pourra se libérer dès lors que les perspectives d’arrêt du conflit se manifesteront, à condition bien sûr que celui-ci n’ait pas excédé deux ou trois mois et qu’il ne provoque pas un ralentissement trop marqué. En Europe, les valorisations apparaissent plus modérées, mais cette décote reflète aussi une exposition plus forte au cycle mondial, au choc énergétique et à une croissance structurellement moins dynamique. Le contraste entre les deux zones reste donc marqué. Les actions américaines conservent un avantage sectoriel évident grâce à la technologie et à la qualité de leurs leaders, mais elles sont aussi plus vulnérables à la hausse des taux et à la compression des multiples. Les actions européennes sont moins chères, mais davantage exposées à une dégradation macroéconomique si le conflit venait à perdurer.

Dans le contexte actuel, il convient de rester prudent car la fragilité du cessez-le-feu et les difficultés d’aboutir à un accord définitif vont maintenir de la volatilité sur les marchés. L’exemple des négociations dans le conflit ukrainien constitue un bon rappel à ce titre. Après le fort rebond récent, les marchés ont besoin de digérer et d’analyser les nouvelles et en particulier les conditions de circulation dans le détroit d’Ormuz. L’évolution des prix du pétrole restera le baromètre des marchés financiers pendant quelque temps.

Nous ne sommes plus acheteurs d’actions aux cours actuels sauf si un règlement du conflit définitif et probant intervenait. En revanche, nous pourrions mettre à profit de nouveaux replis des indices, comme ce fut le cas au cours du mois de mars, pour renforcer le poids des actions des portefeuilles encore sous-investis ou réaliser des arbitrages vers des valeurs délaissées.

Avant l’annonce du cessez-le-feu, nous avons abaissé nos prévisions sur les indices pour fin juin, qui paraissaient hors de portée. En revanche, nous les avons maintenues à fin décembre, un retour à la normale nous semblant raisonnable à cette échéance. Après les mouvements récents des indices, un potentiel de hausse de 5 à 7% subsiste d’ici à la fin de l’année.

Par précaution, nous conservons une opinion Neutre à court terme sur les actions en général et conservons une note Surpondérer à moyen terme, sur les actions américaines, européennes, asiatiques et sud-américaines. Nous préférons guetter un éventuel repli plus significatif (soit 15 à 20% de baisse cumulée depuis le plus haut) ou une évolution des risques géopolitiques et économiques plus favorable pour revenir à une position Surpondérer sur les actions à court terme.

Sur les produits de taux, les tendances se sont dégradées et nous gardons une opinion Neutre à court et moyen terme. Seules, les obligations à haut rendement européennes restent notées Surpondérer à moyen terme.

Lors de notre dernier comité d’allocation d’actifs fin mars, nous avons renforcé les actions de 49.3 % à 53.1 % pour mettre à profit le repli des cours. Nous avons parallèlement réduit la part des produits de taux et augmenté celle de l’or et des matières premières.

Vincent GUENZI
Directeur de la Stratégie d’Investissement
Dorian FOULON
Gérant de portefeuille
 
Achevé de rédiger le 9 avril 2026


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Cette page a été publiée le 10/04/2026