Fabrice de CholetLa récente disparition d’Alan Greenspan nous rappelle l’actualité de son célèbre avertissement contre « l’exubérance irrationnelle ». Prononcée en 1996 à l’aube de la bulle Internet, cette formule résonne aujourd’hui avec la même force face à l’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle. L’histoire nous enseigne toutefois qu’une bulle financière éventuelle ne remet pas en cause la révolution technologique sous-jacente. Internet a transformé durablement l’économie malgré l’éclatement de la bulle de 2000 ; l’IA pourrait suivre une trajectoire comparable.
L’histoire des marchés financiers est jalonnée d’épisodes d’enthousiasme excessif. Le chemin de fer au XIXe siècle, l’électricité, Internet à la fin des années 1990 et aujourd’hui l’intelligence artificielle ont tous suscité des valorisations parfois déconnectées de la réalité économique à court terme. L’engouement actuel pour les acteurs de l’IA, qu’ils soient cotés ou non cotés, rappelle inévitablement celui de la bulle Internet. Les montants investis atteignent des niveaux inédits, tandis que les valorisations de certaines entreprises incorporent déjà une part importante des promesses futures. Comme toute révolution technologique, celle de l’IA s’accompagne probablement d’une dose d’exubérance financière. Des corrections de marché ne peuvent être exclues.
Pour autant, il serait dangereux de confondre une éventuelle bulle boursière avec l’avenir de la technologie elle-même. L’éclatement de la bulle Internet en 2000 n’a nullement marqué la fin d’Internet ; il a, au contraire, ouvert la voie à la transformation numérique que nous connaissons aujourd’hui. De la même manière, l’intelligence artificielle continuera très probablement de remodeler durablement notre économie, indépendamment des fluctuations des marchés. Son potentiel est considérable. Dans le domaine de la Santé avec de nouveaux traitements, dans l’Industrie, avec l’optimisation des chaînes de production, dans les Services, dans la transition énergétique, la cybersécurité...
Pour l’investisseur, la discipline reste essentielle. Les grandes valeurs technologiques américaines représentent désormais près de 40 % de la capitalisation du S&P 500, un niveau de concentration rarement observé dans l’histoire récente. Les seuls « Septs Magnifiques » Amazon, Apple, Google, Microsoft, Meta, Nvidia & Tesla représentent prés de 40 % de la capitalisation de l’indice S&P 500 qui lui-même pèse plus de la moitié de la capitalisation du marché mondial des actions. Cette situation justifie une diversification accrue des portefeuilles. Pour conclure et reprendre une autre citation de notre regretté Alan Greenspan : « Les bulles ne sont identifiables avec certitude qu’après leur éclatement. »